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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 16:00

Intentions / Objectifs

   Comme l’an dernier, ce projet s’inscrit dans la volonté affirmée de faire de la classe ATS une classe ouverte sur la vie culturelle. Il permet aussi d’élargir la culture générale des étudiants, ce à quoi nombre d’écoles d’ingénieurs sont à juste titre très sensibles. J’ai retenu cette année trois spectacles dans la programmation de la Comédie : trois pièces enracinées dans des moments forts de l’histoire, moments qui ne manqueront pas de nous ramener au thème au programme en Français-Philosophie, la Justice. La convivialité n'a  pas été oubliée, puisque le  premier spectacle a fourni l’occasion d’une soirée d’intégration, qui a rassemblé étudiants et enseignants autour d’une table après la représentation.

                  Le professeur de Français-Philosophie : D. PHILIPPE, alias Aramis...

Programme

·       L’Entêtement, texte de Raphaël Spregelburd, mis en scène par Marcial di Fonzo Bo et Élise Vigier     // Mercredi 9 novembre à 19h30   C'est en découvrant le tableau de Jérôme Bosch Les Sept Péchés capitaux que l’Argentin Rafael Spregelburd eut le désir d'écrire une série de sept pièces retraçant nos dérives contemporaines. Dans cette série, écrite sur plus de dix ans, L’Entêtement occupe la dernière place, après La Paranoïa. Joué partout en Europe, notamment à la Schaubuhne de Berlin,

   Ici l’action se passe en Espagne, durant les derniers jours de la guerre civile. L'écriture scénique de la pièce est inédite : le premier acte démarre en fin d'après-midi dans la maison du commissaire de la ville ; le deuxième acte reprend la même chronologie, mais cette fois-ci dans la chambre d’une jeune fille ; le troisième acte commence au même moment, mais dans le jardin. Trois versions d’un même temps, des mêmes faits, trois angles de vue sur la guerre. Une tension dramatique particulière, qui fait avancer l’action à la manière d’un roman policier. Une pièce folle et déjantée pour des acteurs de haute voltige, chahutés – pour notre plus grand plaisir – entre comédie et tragédie.  

 

·      Jan Karski (Mon nom est une fiction), d’après le roman de Yannick Haenel, adaptation et mise en scène de Arthur Nauzyciel // Lundi 12 décembre à 19h 

   En 2009, Yannick Haenel publie un roman sur le résistant polonais Jan Karski, cet homme qui, en 1943, rencontra le président Roosevelt pour lui délivrer des informations sur l’extermination des Juifs en Pologne.Mais « Le Rapport Karski » se heurte à l’incompréhension, aux doutes (à l’indifférence?) des Forces Alliées. Puis Jan Karski publie aux États-Unis un livre, Mon témoignage devant le monde, avant de demeurer silencieux pendant plus de trente ans. Troublé par le roman de Yannick Haenel, Arthur Nauzyciel a décidé de l’adapter pour la scène, persuadé que « s’il n’y a pas de limite à la littérature, il ne peut y en avoir au théâtre ». Le théâtre peut faire entendre la voix de ceux qui n’en ont plus et transmettre au plus grand nombre cette tragédie du silence imposé. Au moment où les témoins de l’Holocauste disparaissent, le temps du relais est venu.Pour cette création, Arthur Nauzyciel travaille notamment avec le plasticien polonais Miroslaw Balka, l’un des artistes les plus importants aujourd’hui, exposé dans les grands musées d’art contemporain internationaux. 

·      Woyceck, La Mort de Danton, Léonce et Léna, textes de Georg Büchner, mis en scène par Ludovic Lagarde  // Mercredi 11 janvier à 19h30

 

   La pièce de l'argentin Rafael Spregelburd a été l'occasion pour les étudiants de découvrir le peintre Hiéronymus Bosch, puisque le dramaturge dit s'être inspiré du tableau "Les Sept péchés capitaux" (1475-1480), conservé au musée du Prado, à Madrid. La reproduction ci-dessous vous en donnera une petite idée :

Bosch (Hiéronymus) Les Sept péchés capitaux-1475-1480 M

          "L'Entêtement" ne fait pas partie de la liste "officielle" des péchés capitaux : l'Orgueil, l'Avarice, l'Envie, la Colère, l'Impureté ou Luxure, la Gourmandise, la Paresse (anciennement Acédie, ou paresse spirituelle). C'est une relecture contemporaine, mélange d'orgueil, de colère, et peut-être de paresse spirituelle lorsque les personnages refusent de remettre en cause leurs préjugés, leurs idées commodes.Coup de zoom sur la colère, "ira" en latin :

Bosch-Peches-capitaux--detail--La-colere.jpg

    Parmi les nombreux passages passionnants, la scène 10 de l'acte II propose un dialogue entre le père Francisco, confesseur chargé d'exorciser l'une des filles (fiévreuse, prétendue folle) du personnage principal, le commissaire de la police valencienne Jaume Planc, et John, un milicien anglais parachuté pour venir en aide aux républicains en pleine débâcle, et accessoirement faire quelques dynamitages. Le prêtre défend l'idéal fasciste : 

 

      Père Francisco. - Je ne peux vous assurer que nos plans soient les meilleurs du monde. Mais au moins nous poursuivons une utopie qui a...de l'ordre. Vous prétendez que les hommes peuvent se gouverner eux-mêmes. Une pensée noble. Noble et trompeuse. Vous pensez l'homme comme un individu, mais « beaucoup d'hommes » ne sont malheureusement pas « beaucoup d'individus ». Beaucoup d'hommes c'est une communauté. Individuellement, chaque être humain s'améliore et est capable de se transformer. Par l'action de l'amour. Mais jamais en tant que race. Jamais en tant que communauté. Il n'y a pas de données concrètes d'une quelconque amélioration dans le social. C'est pour ça que cette communauté a besoin de ses institutions. Des institutions qui se placent au-delà de ce que veut l'individu. Ça vous paraît de l'obscurantisme ? Vous ne croyez pas aux petites paraboles bibliques ? Devinez quoi. Moi non plus. Personne n'y croit ! Mais il faut s'appuyer sur quelque chose. Pour que le monde ne se dissipe pas dans du simple hasard. Je ne dis pas que ces solutions soient les meilleures. Je veux dire, même cette monarchie a été...un peu...Je ne nie pas que notre mère la Sainte Église a eu une conduite honteuse. Je ne dis pas non plus que brûler une ou deux églises n'a pas produit indirectement un énorme bénéfice. Je veux dire, ça a renforcé au moins le lien avec la communauté. Et je vous en remercie.

       John. - De rien.

Père Francisco. - J'ai...moi-même...pensé...parfois...à la possibilité de brûler...ma propre...Voyez, les chemins de l'ordre ne sont pas nécessairement droits. Et il faut apprendre à faire quelques raccourcis. Mais cela ne fait pas de moi un monstre.

John. - What's your point ?

Père Francisco. - Je vais vous le dire. Ne vous inquiétez pas. Je vous ai pris pour une apparition, et je vous demande pardon. Vous êtes bien là. Et vous devez avoir vos raisons. Vous êtes un abruti. Et un matérialiste. Vous pensez que je ne sais pas en quoi vous croyez, vous autres ? Je vous ai étudiés, oh oui, beaucoup plus que vous ne nous avez étudiés. Vous croyez en la force. Vous croyez au capital. Vous croyez que ma religion est l'opium du monde. Un miroir illusoire, au mieux un baume, mais pas toujours inoffensif. Vous croyez en une classe ouvrière apprenant à remplacer un credo de mirages par un autre plus réel. C'est pour cela que vous voulez brûler des églises. Ce que vous brûlez, ce sont des symboles, pas des édifices. Ne pensez-vous pas que je souhaite la même chose ? Un credo plus réel ? Une brusque avancée technique qui ferait progresser l'âme humaine autant que la science a fait progresser la médecine, qui prend soin des corps ? Ne le niez pas : brûler les églises est une bonne manifestation de principes. (Il lui tend un trousseau de clés.) En ce moment vous la trouverez sans défense. Et vide. Et si ça peut vous servir à quelque chose : oui. Je l'aime. J'aime cette enfant malade, elle est devenue mon obsession, son corps ardent de fièvre est ma condamnation. Je l'aime. S'il vous plaît.

        John accepte les clefs.

 

Le texte de la pièce est publié aux éditions de L'Arche, mai 2011 / 14€

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