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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 16:06

(Suite de la publication de travaux d'élèves liés à la sortie Dali - Moreau du 2 mai 2013)

   Le gisement n'est pas encore épuisé ! Je pensais vous livrer cette histoire pour Noël, car c'est une sorte de conte qu'Alizée Rissel-Chapuis, élève l'an dernier en Seconde B dans notre lycée, a imaginé à partir de sa visite de l'Espace Dali. Comme on peut lire des contes à toute époque de l'année, et ne l'ayant pas revue depuis son départ pour une classe de première dans un autre lycée rémois, j'ai pris le temps de corriger son texte, à mon rythme - le texte est tout de même assez long ! Quant aux illustrations, Alizée les suggère plutôt qu'elle ne les désigne. Il en manque, vous y suppléerez...par votre imagination débordante ! La voici, enfin...

Une Rencontre extraordinaire.

Salvador Dali - La Persistance de la mémoire (1931), huile sur toile

Salvador Dali - La Persistance de la mémoire (1931), huile sur toile

   Pierre marchait le long du canal, seul. Pour tout dire, il n’avait pas vraiment d’ami ni de famille depuis la mort de son frère jumeau. Il avait été diagnostiqué comme personne ayant des hallucinations, il n’avait pas retenu les termes employés. Ça le prenait par moment, sans jamais prévenir. Seule la maladie mentale le décidait. Il avait pour habitude de marcher le long du canal, comme s’il partageait la vie d’autres personnes, de cette grand-mère assise sur son banc lançant du pain au canard, ou bien de cette famille faisant du vélo. Tout cela paraissait si naturel, mais Pierre n’en avait pas vraiment conscience.

   Ce beau jour quasi printanier du mois de septembre l’incita à changer d’air. Il opta pour le parc, un endroit calme sans trop de personnes, et surtout où le soleil pourrait réchauffer son visage assez pâle, réchauffer ce corps sans sentiment. Se laisser aller au gré du temps, lui,  auparavant souriant, heureux et bien vivant…Mais depuis ce 21 septembre qu’il n’oublierait jamais, jour où son frère, Matthieu, lui avait demandé d’aller faire quelques courses et qu’il avait préféré rester au chaud chez lui, ce 21 septembre où l’accident mortel était arrivé,  Pierre avait connu la souffrance. Lui, d’habitude si joyeux, était tombé dans la dépression et dans la maladie. Il ne pouvait changer les choses, se montrait de plus en plus agressif à cause de la perte de son double, son frère jumeau. Il s’était dit alors que tout était de sa faute, que tout cela aurait dû lui arriver. Il n’avait pas le moral à relever la tête, tout cela lui paraissait lointain. Pierre avait été envoyé en hôpital psychiatrique à cause de sa violence et en était sorti seulement six mois plus tard. Il avait repris ces habitudes et décidé que chaque jour qui passerait,  il irait alors marcher pour pouvoir partager le bonheur des uns et des autres. Pour voir ce qu’il était avant, voir ce que cela faisait de vivre et de ne pas dépérir. Des mois avaient passé, et le jour du 21 septembre était revenu. L’automne ne se montrait pas encore. Un an que son frère était parti, un an…         

    Une fois au parc, il décida de ne plus marcher, mais de s’asseoir et d’attendre. Ce n’était pas un jour comme les autres et ce jour changerait peut-être sa vie, d’ailleurs. Il était assis, là, seul, sans autre compagnie que celle de quelques pigeons. Un étrange personnage s’approchait, sans lacet, ni chaussette dans ces chaussures. Cela intrigua Pierre. Car mis à part ses pieds nus dans ses chaussures sans lacet, et en dépit de son pantalon tricolore, il paraissait plutôt normal. Brun, aux yeux marron, mais des yeux pétillants comme ceux des enfants. Et c’est ainsi que l’homme s’assit près de lui et lui posa une question, vraiment inattendue :

- Aimez-vous les pigeons ?

   Cela intrigua Pierre au plus haut point, et il lui répondit que non. C’est alors que l’homme se mit à courir après les pigeons, comme pour les chasser du banc. Puis il revint et ils commencèrent à parler.

- Désolé pour cette démonstration de chasse, mais je ne les supporte pas depuis qu’ils ont détruit une de mes inventions,  je ne les supporte plus !

- Pas de problème, vous faites ce que vous voulez, Monsieur.

- Oh ! Voyons, ne m’appelle pas Monsieur ! Moi, c’est Louis, enchanté !

- Hum, enchanté, je m’appelle Pierre.

- Dis-moi Pierre,  tu n’as pas l’air si heureux que cela, je me trompe ?

- Je ne sais pas, mais il se fait tard. Je vais rentrer chez moi, bonne soirée.

- Comme tu veux, à plus tard peut-être !

   C’était la première fois que Pierre rentrait aussi tôt chez lui. Il passa la soirée à réfléchir. Pourquoi quelqu’un était-il venu lui parler ? D’habitude, personne ne s’intéressait à lui et ne lui adressait la parole. Qui était cet homme imprévisible ? Il se demanda alors si c’était une aide envoyée par son frère, cela expliquerait pourquoi ce 21 septembre. Il décida de s’endormir. Le lendemain matin, il retournerait au parc pour voir si c’était une hallucination, ou non.

   Le lendemain matin arriva, et Pierre décida d’aller sur le même banc, pour voir si son cerveau lui jouait des tours. Comme certaines fois. C’est alors qu’une main se posa sur son épaule, cela le fit sursauter.

- Salut Pierre, comment vas-tu ?

- Bonjour Louis, ça peut aller, et vous ?

- Tutoie-moi ! Moi, ça va ! Dis-moi, j’étais presque sûr de te revoir ce matin. Tu voudrais un rutono ?

- Un rutono ? Qu’est-ce que c’est ?

- Oui, un rutono, tu as bien entendu. C’est une de mes propres créations, et je ne peux pas te dire de quoi il s’agit. C’est une recette secrète, mais dans tous les cas c’est un gâteau, si tu veux savoir !

- Bon, bah, d’accord.

   Pierre prit le petit gâteau, qui n’était pas plus gros qu’un escargot, et le mit dans sa bouche. Dès qu’il l’eut croqué, une explosion de saveurs réveilla ses papilles gustatives ! Il n’aurait jamais imaginé tant de goût dans si peu de matière. Une pointe de myrtille, avec du chocolat aromatisé à il ne savait quoi.

- Tu n’aimes pas, vu la réaction que tu as eue en croquant dedans ?

- Si, si, c’est impressionnant, tous ces goûts à la fois, et qui se marient aussi bien ! Je ne sais pas comment tu fais, mais ça se vendrait cher, ta recette, Louis !

- Ah ! Ah ! Ça je ne sais pas. Mais j’ai d’autres expériences chez moi, je t’y emmènerais un jour peut-être.

   Un petit bruit, puis une mélodie, sortit d’une cage aux pieds de Louis. Il souleva le couvercle et en extirpa une petite bête, toute bleue avec de grands yeux, une sorte d’oiseau qui chantait ou plutôt reproduisait un son digne d’un violon. Pierre, très intrigué, lui demanda ce que c’était, et il lui répondit que c’était un moutou-moutou, une bestiole sortie de son imagination, qu’il avait décidé de créer.

   Pierre rentra chez lui, dans son appartement au sixième étage, mangea en face de la fenêtre, avec toute la grande ville qui bougeait sous ses yeux. Puis il s’allongea dans son lit, prit le temps de réfléchir. Qui était donc ce Louis ? Un savant fou vivant des fruits de sa seule imagination ? Il prit conscience que, depuis deux jours, il avait réfléchi, pensé, avait été surpris, avait souri. Il alla regarder dans le miroir son visage si douloureux depuis un an, douloureux parce qu’il ne pouvait plus sourire ; et il sourit, vit son frère…et partit se coucher.

   Pierre resta chez lui pendant près de deux jours, à arpenter stupidement l’appartement, s’affalant devant la télé des heures entières. Il n’alla pas au parc, ni au bord du canal. Qui était donc ce Louis qui arrivait toujours à le surprendre ? Il s’obligea à ne plus penser, et ne sortit que le lendemain matin. Il cocha sur son calendrier le jour du 24 septembre, vit que le 28, ce serait son rendez-vous à l’hôpital. Il traîna les pieds, prit une douche et se résolut à aller au parc. Ce jour-là, il ne vit ni Louis, ni ses folles inventions. Il décida d’y retourner le lendemain.

   Ce ne fut que le 26 que Louis réapparut, et Pierre lui posa la question qui lui trottait dans la tête :

- Mais pourquoi ne mets-tu donc ni chaussette, ni lacet ?

- Ah ! Très bonne question ! À vrai dire, je ne sais pas tellement, je n’aime pas être serré dans mes chaussures, ça doit être pour cela. J’aime être libre. Est-ce que tu fumes ?

- Non, désolé.

- Ah ! Regarde !

   Louis sortit de la poche de son manteau marron une pipe reliée à un petit émetteur. Il colla l’émetteur sur sa tête puis souffla dans sa pipe. Les bulles qui en sortirent avaient toutes des formes différentes : on voyait un bateau, un enfant, un chapeau. Un petit groupe d’enfants s’approcha, et demanda de faire des chiffres. Chaque enfant avait le sien, mais les mères arrivèrent et s’empressèrent de les emmener loin de Louis.

   C’est à ce moment-là, que je me dis que les gens avaient tendance à juger trop vite et surtout en fonction des apparences, sans même connaître les personnes, puis à faire des commentaires très durs. C’est ce qui se passa pour Louis : une des mères partit en criant qu’il était fou et qu’elle appellerait la police, s’il s’approchait encore de ses enfants. Ce fut la première fois où Louis partit la tête basse, sans même me dire quelque chose. Je fis alors de même, et décidai de rentrer chez moi. Le lendemain matin, Louis m’attendait sur le banc, comme si de rien n’était, son grand sourire aux lèvres. Il me dit que l’incident d’hier n’était rien, que ça arrivait. Il me proposa de nous retrouver le premier octobre au parc pour aller ensuite chez lui. J’acceptai et lui demandai s’il n’avait de la famille. Il me raconta que sa mère l’avait abandonné et que son père, ne voulant pas de lui, s’occupait un minimum de son confort, lui versant quelques milliers d’euros par mois. C’est pour cela que Louis ne travaillait pas, ou plutôt, il travaillait avec pour associé son imagination. Il me raconta son rêve, qui était de faire sourire chaque personne et de rendre heureux les gens, grâce à ces créations. Il ne me demanda rien sur ma famille, comme s’il savait que je ne voulais pas en parler.

   Le lendemain,  je partis à ma consultation. J’eus le droit à de nouveaux médicaments et le médecin me fit remarquer que j’avais bonne mine. Il me demanda comment cela se faisait et je lui répondis que j’avais rencontré quelqu’un. Il eut alors un sourire affreux, comme s’il se disait que c’était une hallucination de plus. J’étais sûr, maintenant, grâce à ces enfants, que je n’hallucinais pas, et que Louis et ses inventions existaient vraiment. Je n’étais réellement pas totalement fou, mais ce n’est pas pour autant qu’il m’avait enlevé des comprimés. Arrivé chez moi, je mis de la musique comme j’aime,  sortit mon lecteur de disque et parmi mes vinyles préférés je choisis du Edith Piaf. Sa voix me donna des frissons, comme à chaque fois que je l’écoutais. Cela me permit d’oublier ce regard, ce sourire narquois du médecin. Je m’assoupis sur le sofa, avec Edith Piaf en fond sonore.

   Le premier octobre finit par arriver. Je n’avais pas ressenti un tel sentiment depuis longtemps. La joie, la joie de découvrir peut-être d’autres inventions, mais au fond de moi,  je savais que c’était la joie de ne pas être totalement fou, d’avoir trouvé qui sait peut-être un ami sur qui compter, qui me changerait les idées. Arrivé au banc je l’attendis, impatient. Puis je vis flotter devant moi des bulles je sus alors que Louis était derrière moi avec cette pipe qu’il ne quitte pas.

- Alors, comment vas-tu aujourd’hui, Pierre ? J’ai hâte de te montrer mon chez moi !

- Ça va bien, oui. Allons-y !

« Ça va bien »,  depuis un an, je n’avais pas dis que j’allais bien avec tous ces changements ! Je le suivis sans hésiter. Nous arrivâmes au pied d’une construction qui me parut impressionnante.

- Voici mon chez moi !

- Un immeuble en plein centre ville ? Tout l’immeuble t’appartient ?

- Eh bien, oui !

   L’immeuble - je ne trouvais pas d’autre mot pour le désigner - devait faire à peu près quatre étages. Il était en brique rouge, avec une petite terrasse couverte où poussaient de drôles de fleurs, me semblait-il d’en bas. Il était flanqué d’une sorte de grande cage rectangulaire avec des vitres tintées du rez-de-chaussée au troisième étage à peu près. Je me mis alors à sourire et me dis que je n’étais pas au bout de mes surprises !

- Allez, viens, on monte !

   À droite au fond du hall d’entrée, l’ascenseur n’avait qu’un seul très étrange bouton. Je n’osai le questionner à ce sujet par peur de l’offenser. Arrivés au quatrième, sans doute, sur un petit palier, il y avait un cadran numérique à côté de l’unique porte. Louis y posa sa main et une voix résonna dans toute la maison. Je sursautai, et il m’expliqua que c’était l’ordinateur de maison qui leur souhaitait la bienvenue. Il poussa alors la porte d’entrée, de ce que je pensais être le dernier étage. À l’invitation de Louis qui en faisait autant, je mis mes pieds dans un rectangle de la taille d’un paillasson qui était venu se mettre juste devant moi. Deux petites mains en sortirent, délacèrent mes chaussures, opérations qu’un autre robot  - s’il s’agissait bien de robots – effectuait pour mon ami. Nos vestes furent enlevées par d’autres petites mains sorties des deux rectangles. À la suite de quoi les « paillassons » roulèrent pour disparaître dans un recoin obscur de la pièce unique où nous venions de rentrer. Plusieurs tubes y étaient installés, trois en tout.  Louis interrompit le cours de mes réflexions.

- Alors, que penses-tu de mes paillassons ?

- Ils sont très serviables et pratiques !

- Bon, je vais t’expliquer certaines choses qui t’étonnent sans doute, mais pas toutes, je te préviens. Nous sommes au dernier étage et ce que tu vois, là, ces tubes, ce sont des toboggans. Chaque toboggan dessert un étage en particulier. C’est ma façon à moi de me déplacer dans la maison. Le premier étage est réservé à la cuisine, salon et salle de jeux, le deuxième est mon laboratoire, le troisième contient les chambres à coucher, le quatrième comme tu le vois est la pièce par laquelle tu arrives !

- D’accord, mais comment fais-tu quand tu veux passer du deuxième au troisième sans vouloir tout remonter ?

- Bonne question, tu verras ça en temps voulu ! Et si nous allions prendre le thé ?

- Pas de souci !

   Louis me fit signe de le suivre vers le toboggan de gauche, qui nous conduisit par une belle glissade au premier étage. Le thé était déjà prêt ! Quel goût pouvait-il avoir, me demandais-je ? Qu’avait-il pu encore inventer, ce sacré Louis ? Mais c’était un simple thé à la menthe, sans rien de particulier. Je me mis à rire.

- Tu t’attendais à autre chose,  c’est cela ?

- Ah oui, avec toi on ne sait jamais ! Mais qui l’a préparé, qui a tout disposé si bien ?

- Ah ! Pour cela, nous devons remercier Clémence !

- Tu es marié ?

- Ah ! Ah ! Non ! Clémence, c’est le nom de mon ordinateur de maison. Clémence dirige toutes les machines électriques et mes robots. Dès qu’elle sait que je rentre, elle organise tout pour mon confort et celui de mes visiteurs, qu’elle a bien sûr repérés.

- Ah ! Incroyable...

- Et si nous montions au deuxième étage ?

- Je te suis !

   Louis me dirigea vers le fond de la pièce, où une porte était fermée. Il l’ouvrit. Elle donnait sur une sorte de cage d’ascenseur rectangulaire. Je vis fixé à la paroi, sur le côté gauche,  une petite télécommande ainsi qu’une aiguille tenue par une ficelle. Amusé par ma perplexité, il m’expliqua :

- Ceci me sert pour monter ou descendre. Je t’explique : tu vois, en bas, il y a une sorte de baignoire ?

- Oui, avec un cerceau au-dessus. Mais est-ce que cette cage est dans le grand rectangle noir que l’on voit à l’extérieur collé à ton immeuble ?

- C’est tout à fais ça ! Donc, regarde. Avec cette manette, le cerceau se trempe dans le bain, puis un ventilateur souffle dessus et crée une bulle qui monte jusqu'à moi.

- Bon, je vais t’expliquer certaines choses qui t’étonnent sans doute, mais pas toutes, je te préviens. Nous sommes au dernier étage et ce que tu vois, là, ces tubes, ce sont des toboggans. Chaque toboggan dessert un étage en particulier. C’est ma façon à moi de me déplacer dans la maison. Le premier étage est réservé à la cuisine, salon et salle de jeux, le deuxième est mon laboratoire, le troisième contient les chambres à coucher, le quatrième comme tu le vois est la pièce par laquelle tu arrives !

- D’accord, mais comment fais-tu quand tu veux passer du deuxième au troisième sans vouloir tout remonter ?

- Bonne question, tu verras ça en temps voulu ! Et si nous allions prendre le thé ?

- Pas de souci !

   Louis me fit signe de le suivre vers le toboggan de gauche, qui nous conduisit par une belle glissade au premier étage. Le thé était déjà prêt ! Quel goût pouvait-il avoir, me demandais-je ? Qu’avait-il pu encore inventer, ce sacré Louis ? Mais c’était un simple thé à la menthe, sans rien de particulier. Je me mis à rire.

- Tu t’attendais à autre chose,  c’est cela ?

- Ah oui, avec toi on ne sait jamais ! Mais qui l’a préparé, qui a tout disposé si bien ?

- Ah ! Pour cela, nous devons remercier Clémence !

- Tu es marié ?

- Ah ! Ah ! Non ! Clémence, c’est le nom de mon ordinateur de maison. Clémence dirige toutes les machines électriques et mes robots. Dès qu’elle sait que je rentre, elle organise tout pour mon confort et celui de mes visiteurs, qu’elle a bien sûr repérés.

- Ah ! Incroyable...

- Et si nous montions au deuxième étage ?

- Je te suis !

   Louis me dirigea vers le fond de la pièce, où une porte était fermée. Il l’ouvrit. Elle donnait sur une sorte de cage d’ascenseur rectangulaire. Je vis fixé à la paroi, sur le côté gauche,  une petite télécommande ainsi qu’une aiguille tenue par une ficelle. Amusé par ma perplexité, il m’expliqua :

- Ceci me sert pour monter ou descendre. Je t’explique : tu vois, en bas, il y a une sorte de baignoire ?

- Oui, avec un cerceau au-dessus. Mais est-ce que cette cage est dans le grand rectangle noir que l’on voit à l’extérieur collé à ton immeuble ?

- C’est tout à fait ça ! Donc, regarde. Avec cette manette, le cerceau se trempe dans le bain, puis un ventilateur souffle dessus et crée une bulle qui monte jusqu'à moi.

Dali dessinant dans sa baignoire, 1939.

Dali dessinant dans sa baignoire, 1939.

   Louis monta dans l’énorme bulle qui se présenta devant nous. Il me dit qu’en orientant les ventilateurs - il y en avait au plafond et en bas, la bulle monterait et descendrait selon son envie. Il activa le ventilateur du dessous et monta pour s’arrêter à l’étage du dessus, sortit de la bulle et la perça avec l’aiguille. Apparemment il y avait une télécommande et une aiguille à chaque étage. Je fis de même. Au deuxième étage, il perça ma bulle.

- Voilà comment je me déplace entre chaque étage. Maintenant, tu sais !

- Ouah ! C’est très ingénieux, j’adore ce moyen de transport, on a l’impression de voler !

- Eh oui ! Je m’accorde quelques libertés, parfois, à essayer de me sentir encore plus libre.

- Plus les minutes passent, plus tu m’impressionnes, Louis !

- Non, voyons, rentre dans mon labo !

   Je n’en vis que les murs, tant leurs couleurs étaient magnifiques. Un mélange de bleu, de jaune, de violet et bien d’autres nuances encore. On aurait dit d’énormes taches, comme s’il avait jeté contre les murs tout un tas de pots de peintures.

- Est-ce toi qui as décoré cette pièce ?

- Oui, un jour, un arc-en-ciel se refléta chez moi, j’eus alors l’idée de reproduire ses couleurs, mais mélangées. Pendant un bon mois, je me suis amusé à asperger les murs de peintures de toutes les couleurs pour pouvoir à la fin obtenir ce que tu vois !

- Ça m’impressionne, j’aime beaucoup !

- Je vais te présenter à l’un des habitants de cette maison ! Voici Charli, il a été abandonné parce qu’il il lui manquait une patte, alors j’ai décidé de l’adopter !

   Je vis une petite boule de poils devant mes pieds, avec ces quatre pattes ou plutôt trois. La quatrième était comme une prothèse que Louis lui avait donc inventée, une prothèse pour patte de chat. Elle était en métal, mais ne semblait pas déranger Charli, au contraire.

- Je lui ai fabriqué cette prothèse pour qu’il aille mieux. Je pense qu’il est né avec trois pattes car il n’y avait aucune cicatrice et depuis sa prothèse, il se plait bien chez moi, surtout sur ma banquette !

- Ça a l’air de ne pas le déranger, en effet !

   Sans transition, Louis changea de sujet :

- Pierre, aimes-tu la musique classique ?

- Oui, beaucoup.

- Alors suis-moi.

   Il me conduisit vers une pièce à coté de son labo, une pièce qui l’aidait parfois à réfléchir, me confia-t-il. Devant la porte se trouvait un bocal avec des petits bonbons roses. Il en prit dans sa main et nous entrâmes. Je vis plein de petites bêtes comme celle du parc, les, hum,  « moutou-moutou » comme Louis les appelait. En rentrant toutes les petites bêtes ou plutôt oiseaux s’installèrent sur quatre tiges en métal différentes et par couleur : les bleus et les verts étaient plus nombreux que les roses et il y avait seulement deux jaunes devant. Une petite flûte était posée devant eux. Louis la prit et me dit :

- Que préfères-tu ? Beethoven, Mozart, Liszt, Wagner ou du Vivaldi, mon cher Pierre ?

- Bon, je vais opter pour du Vivaldi !

Il regarda le petit cahier devant lui, souffla quelques notes, qui m’étaient totalement inconnues, dans cette drôle de flûte triangulaire. Les oiseaux s’envolèrent. Louis souffla une deuxième fois, une note seulement, et les oiseaux se posèrent sur leurs branches respectives.

- Je leur ai dit de nous jouer du Vivaldi, Le Printemps.

- D’accord.

   Je ne savais quoi dire d’autre.

   C’est alors que ces petites bêtes se mirent à chanter où plutôt à reproduire parfaitement le son d’un orchestre complet, dans le bon tempo. C’était très agréable, et de plus un spectacle magnifique. Le concerto à peine terminé, Louis donna des bonbons roses à chacune de ces délicieuses bestioles, sans doute pour les récompenser.

- Alors, cela t’a plu ?

- Oui, énormément !

- Chaque couleur de moutou-moutou correspond à une famille instrumentale. Les bleus sont les instruments à vents ; les verts : les instruments à cordes. Les roses sont les instruments à percussion et les deux jaunes les pianos.

- Quelle ingéniosité ! Tu es vraiment très fort !

- C’est peu de chose ! Cette flûte de mon invention me sert pour leur communiquer la chanson que je veux entendre.

- Ouah !

- Allons sur mon balcon, que je te montre mes fleurs !

- Celles que les pigeons ont détruites ?

- Oui, tout à fait, j’ai dû en recréer !

- Allons-y !

   Sur son balcon recouvert pour que les pigeons ne puissent, encore une fois, détruire ses inventions, il me raconta leur histoire :

- Un beau jour, une de mes expériences poussa d’un coup, la fleur-chocolat. Elle ressemblait d’abord à un petit tournesol, et à maturité, elle s’était transformée en chocolat. Ces affreux pigeons me l’ont mangé ! Est-ce que ça te tenterait de goûter à mes fameuses tournochoc ?

-  Oui, avec grand plaisir !

- Et puis, grâce à cela, je ne pollue pas. Je peux créer mon propre chocolat naturellement. Tu sais, je réfléchis souvent à des choses qui pourraient lutter contre le réchauffement climatique, car tout le monde est concerné.

- Tu as bien raison, Louis !

- Tiens, goûte !

- Hum ! C’est très bon, c’est comme du chocolat noir, sauf que je suis en train de manger un pétale de ta tournochoc.  Ah ! Ah !

- Tant que cela te plaît, c’est le principal.

   J’eus soudain une idée, c’était mon tour. C’était plutôt une révélation. Quelque chose s’était peu à peu précisé dans ma tête tout au long de la visite.

- Aimes-tu l’art, Louis ?

- Je n’y connais pas grand-chose…

- Ah d’accord,  et je ne t’ai pas demandé quand était ton anniversaire ?

- C’est aujourd’hui même.

- Et tu ne me l’as même pas dit ! Bon anniversaire ! Ça te dirait que je t’emmène voir un artiste que j’adore ? Il a une exposition permanente à Montmartre, cela te tenterait ?

- Bien sûr ! Merci, Pierre !

   J’étais content de moi. Nous décidâmes d’y aller en vélo, à Montmartre. Ce fut difficile ! La côte, longue et dure, nous contraignit à mettre pied à terre plus d’une fois. Louis n’en pouvait plus. En haut de la butte, je lui expliquai le programme que j’avais concocté en chemin.

- Allez, Louis, c’est un peu plus loin, et nous sommes arrivés à l’espace Dali, un de mes artistes préférés, vois-tu.  Après la visite je t’emmènerai ailleurs !

- Comment se fait-il que tu connaisses aussi bien ?

- J’y allais avant avec mon frère…

- D’accord, rentrons !

   Nous accrochâmes nos vélos sur le côté et rentrâmes. Il découvrit qui était cet étrange personnage. Il était surpris mais semblait heureux. Louis était pendu aux lèvres du guide, comme un enfant aux lèvres d’un conteur. Il avait le même sourire extasié que moi, quand j’avais découvert par hasard ce peintre si étonnant, qui continuait d’ailleurs de me fasciner. La visite terminée, nous décidâmes de rester pour voir à loisir toutes les œuvres.

   Peu avant de sortir des salles, Louis m’appela pour me demander de venir voir une sculpture : c’était le téléphone homard …Il me confia alors :

- J’aime beaucoup cette œuvre, elle m’inspire ! Je pense avoir une idée d’inventions. J’adore ce que fait ce Dalí avec l’histoire des montres qui coulent, ou même ces magnifiques sculptures, aucun détail n’est laissé au hasard. Dans chaque œuvre se trouvent des indices. C’était un génie ! Je pense inventer un téléphone comme celui-ci : dès que certains mots seront prononcés, comme des insultes ou  les signes d’une dispute entres deux personnes, une pince sortira du téléphone et leur pincera l’oreille !

Textes d'élèves : Peinture et Littérature (5)

- Ah ! ça serait une très bonne invention, mon cher Louis ! Maintenant, sortons, allons place du Tertre, c’est la place des artistes peintres, des caricaturistes. Tu ne peux pas repartir sans notre caricature en main, Louis !

- Je te suis.

   J’optai pour une petite dame très souriante. Elle nous fit cela en moins de trente minutes. Le résultat le fit bien rire. Il me dit qu’il l’accrocherait dans sa cuisine. Je lui suggérai d’aller manger aux pieds de la basilique Montmartre. Il accepta avec joie.

   J’achetai des sandwichs et l’emmenai au pied de la basilique. Il  découvrit les longs jardins qui descendaient jusqu’au carrousel. Ce jour-là, il faisait beau, et chaud, le temps parfait pour un casse-croûte à l’extérieur. Je proposai de nous asseoir près d’une musicienne, une violoniste. Je reconnus tout de suite la musique du film Amélie Poulain, « J’y suis jamais allé », qui convenait très bien dans le contexte de cette journée, Louis n’étant jamais allé à Montmartre…qui avait l’air de lui plaire énormément !

- Connais-tu la musique que joue cette femme ?

- J’ai un vague souvenir, impossible d’en dire plus !

- C’est la musique d’un film, Amélie Poulain.

- Ah oui !

- Et le titre, Louis, tu t’en rappelles ?

- Alors là, pas du tout.

- C’est « J’y suis jamais allé » !

- Quelle coïncidence ! Le hasard, toujours le hasard ! Celui qui fait les choses et parfois très bien pour moi la vie et faites de hasard et de coïncidences !

- Tu as raison,  bon appétit !

Nous mangeâmess nos sandwichs tout en continuant d’écouter cette chanson. Nous partîmes en laissant une pièce à la violoniste pour ce beau spectacle.

- Et si nous allions voir la tour Eiffel Louis ?

- Je suis partant !

   Arrivés au pied de la tour Eiffel, on leva la tête jusqu'à avoir mal. Puis j’achetai deux glaces, bienvenues par cette chaleur. Paris est truffé de musiciens de rue. À coté du marchand de glace se trouvait un accordéoniste, qui me rappela celui de mon enfance. Chaque jour, du midi, jusqu’en fin de soirée, il jouait, juste par plaisir, car ce n’était pas pour les rares pièces qu’il récoltait. Chaque jour aussi souriant, il était au même endroit. Je ne l’avais plus revu depuis mon déménagement à Paris, mais quel plaisir, de ma tendre enfance à mon adolescence, de l’entendre, quand je passais près du bistro où il s’abritait les jours de pluie.

- Viens, Louis !
- Où allons-nous ?
- Voir l’accordéoniste !

Je me dirigeai vers l’accordéoniste pour lui demander de jouer « Joyeux anniversaire ». La mélodie commença et je me mis à chanter. Des gens autour de nous continuèrent la chanson. Louis se mit à rire, si bien que je fis comme lui. Enfin, enfin je retrouvai le plaisir de vivre et de m’amuser et cela, grâce à Louis ! Louis me tira de ma rêverie bienheureuse.

- Allez, viens Pierre, rentrons chez moi avant qu’il ne fasse nuit !

- Pas de problème.

   Nous reprîmes nos vélos et rentrâmes chez lui. Louis demanda à Clémence de préparer du thé dans la salle de jeux. Je vis alors tous les petits robots fonctionner, du ménager à celui qui apporte le thé.

- Ça te dirait de dormir chez moi ce soir, Pierre ?

- Oui, avec plaisir !

- Aimes-tu le manger Vietnamien ?

- J’aime beaucoup le Chinois, alors le Vietnamien, je pense que oui !

- D’accord, je vais commander dans ce cas ! Il y en a un très bon au coin de la rue.

- C’est ok à une seule condition ! Que tu me laisses payer, car c’est ton anniversaire et tu m’as invité chez toi, cet après-midi !

-  Oui, mais moi aussi, je mets une condition, alors !

- Laquelle ?

- Tu restes dormir chez moi, et c’est moi qui paye le restaurant le prochain coup !

- Ça en fait deux, de conditions, là, Louis. Mais d’accord !

   Il partit commander. À son retour, ce fut un vrai régal, simple mais très bon.

- Viens Pierre, allons faire une partie de billard pour digérer !

- D’accord.

   Nous nous rendîmes dans sa salle de jeux. En plein milieu se trouvait le billard, à droite une chose étrange comme une très grande caisse fermée par une porte avec une petite vitre tintée. À gauche,  il y avait un inkball, assez ancien, mais il paraissait en bon état. Il tira la manette du billard et toutes les boules tombèrent, des boules transparentes.

- Comme tu le vois, ces boules sont transparentes, car comme ça tu ne choisis pas vis-à-vis des points que tu veux marquer, il s’agit juste de réussir à mettre des boules dans les trous. Une fois la boule tombée, elle retourne d’où elle est partie et c’est seulement à ce moment-là que tu vois le nombre de points que tu as gagné. Comme ça, tu as toujours ta chance, même si tu ne sais pas bien jouer !

- Ah ! C’est ingénieux cela !

   Louis gagna deux parties, moi une seule.

- Veux-tu qu’on fasse une partie d’apesantcool ?

- Est-ce cette boîte en métal ?

- Oui, tout à fait !

- Bonne idée !

 Nous rentrâmes dans la boîte. Tout de suite, je me mis à flotter. L’apesanteur était inversée, les murs étaient oranges et recouverts de mousse.  Nous pouvions alors rebondir, flotter dans tous les sens, c’était un moment très agréable. Nous riions et jouions comme deux grands enfants.

- Viens, Pierre ! Je vais t’emmener dans la chambre d’ami pour que tu puisses prendre une douche.

- Ah merci ! C’était une super journée !

   Après avoir pris ma douche, je descendis rejoindre Louis qui était en train de jouer du piano. Il s’arrêta en m’entendant percer ma bulle.

- Hé ! Pierre ! Tu sais jouer du piano ?

- Non, malheureusement. J’adore pourtant cet instrument.

- Dans ce cas, viens ici !

   Deux chaussons étaient placés sur les pieds du piano et deux tiges en métal souple sortirent avec deux gants au bout. Il me dit d’enfiler tout ça, et de penser à une chanson que j’aimais au piano. Sans m’en rendre compte, je me mis à jouer une comptine d’un autre été de Yann Tiersen, jusqu’à la dernière note, à mon extrême étonnement. Les gants et les chaussons avaient guidé mes mains et mes pieds ! Un inventeur très doué, ce Louis, décidément !

    L’heure étant venue de se coucher, je souhaitai bonne nuit à Louis et rentrai dans la chambre d’ami, une chambre sans surprise…

    Ce fut ainsi que Pierre s’endormit, le sourire aux lèvres, sans même avoir pris un de ces maudits médicaments.

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   Quelque temps plus tard, Pierre proposa à Louis de devenir son associé, pour monter leur entreprise. Ayant un diplôme de commerce, il s’occupa de la vente. Le transport en bulle s’avéra être très pratique, si bien que beaucoup de monde l’adopta. Ils créèrent des plateformes avec de gigantesques ventilateurs pour accueillir toutes ces personnes. Les transports en commun furent remplacés par la bulle et ce fut ainsi que Pierre et Louis réussirent à avoir une des plus grandes entreprises de France, si prospère qu’elle ne tarda pas à intéresser certains grands pays et investisseurs étrangers. Louis développa ses inventions et les commercialisa avec l’aide de Pierre. Le père de Louis voulut s’associer avec eux, mais Louis refusa, cette affaire, c’était la leur, à tous les deux, et pour lui montrer sa gentillesse, tout de même, Louis lui offrit un téléphone vraiment particulier.

 

   Le 21 septembre avait bel et bien changé la vie de Pierre, mais aussi celle de Louis.

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